Du bois, du pain et du fromage : Il en faut peu pour être heureux !

Vendredi 28 juillet, deuxième journée de vélo, nous passons le petit porche de la Halte d’Autrefois dans l’après-midi. Nous avions précieusement gardé l’adresse, au cas nous passerions par là. La chèvrerie de Christophe et Valérie Magniez se trouve à Hesmond, petit village des Sept Vallées (Pas-de-Calais). Il s’avère que nous passions par là…

Notre quête de simplicité à la mode paysanne a été nourrie en un rien de temps !

A peine descendus de nos bicyclettes, nous voyons surgir Valérie, petite femme énergique et tout sourire. Elle nous accueille sur le perron d’un des bâtiments, tout de bois vêtu. Comme chaque vendredi, elle prépare le pain d’autrefois, avant de recevoir les familles pour quelques initiations. Outre le fromage et le pain, la fermette d’Hesmond est un lieu d’accueil pédagogique. Cette dimension d’échange et de partage est une évidence pour la chevrière, très sociable, active et d’un entrain sans pareil pour transmettre son savoir et sa joie de vivre.

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Valérie reçoit les enfants pour une traite des chèvres pédagogique.

Il était une fois…

Valérie, petit bout de femme d’origine réunionnaise, a débarqué à Hesmond dans les années 90. Avant de s’embarquer dans l’aventure des chèvres, elle a commencé par un café/bar, qu’elle a tenu pendant trois ans sur la place principale du village.

Christophe est un homme du coin. Il n’a jamais vraiment quitté le village, où il a grandi puis est devenu artisan charpentier. Un métier bien utile pour construire une ferme… En 1992 il rachète un terrain en ruine aux abords de la commune.

Valérie derrière le comptoir, Christophe dans les parages, la rencontre devient inévitable. En 1999, ils ont leur premier enfant. En 2001, leur première chèvre. La chèvrerie est officialisée en 2006. Aujourd’hui ils en ont vingt-deux. Pas vingt-deux enfants, vingt-deux chèvres. Des enfants, ils en ont trois. Le cochon n’est plus, mais des poules continuent à picorer un peu partout. Ainsi naît la Halte d’autrefois. Une ferme d’avenir !

Un projet de vie, bâti au fil des jours

Imaginez un instant : On entre sous un petit portique feuillu pour pénétrer dans un espace à la végétation luxuriante. Un jardin sauvage, où s’éparpillent plusieurs bacs à légumes et quelques arbres, est entouré de la chèvrerie et de la grande salle d’accueil. C’est dans cette dernière que se trouve le four à pain artisanal et, de l’autre côté, le petit labo où prennent naissance les fromages. Plus loin se cache une petite épicerie bio associative, à l’abri dans une maisonnette. Le lieu d’habitation est derrière. Partout, la végétation pousse librement.

« Ce lieu est un projet de vie, davantage qu’une vocation professionnelle, qui avance petit à petit. »

Le couple Magniez a pris en main la rénovation de la ruine et l’aménagement du foyer. C’est du 100% naturel. Surtout du bois. Toilettes sèches, filtrage des eaux, en partie grâce aux roseaux, rien ne se gaspille, tout est conçu pour l’autonomie. La chèvrerie a été entièrement construite des mains et du talent de Christophe.

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La chèvrerie de la Halte d’Autrefois, construite par le charpentier de la famille.

Il a fallu du temps pour aboutir à ce merveilleux coin de paradis. Mais du temps, ils en ont. Comme ils aiment dire tous les deux, ce lieu est un projet de vie, davantage qu’une vocation professionnelle, qui avance petit à petit. La prochaine pierre à ajouter à l’édifice : l’agrandissement de l’habitat familial, que le couple imagine isoler avec des ballots de paille. Cela aurait l’avantage d’être un très bon isolant, « le meilleur », selon Christophe, et peu couteux.

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La maison, et le jardin de la maison. Une ruine, avant le passage de Christophe Magniez.

Un état d’esprit marqué par la sobriété et la providence

« Rien n’était prévu ! À la base on n’a rien imaginé du tout. » Christophe et Valérie avancent simplement en suivant leurs principes de vie. « Dans la vie, le hasard fait bien les choses, certifie le charpentier, au détour d’une discussion sur la providence. Si ça ne va pas, c’est qu’on a merdé quelque part, alors on ne peut s’en vouloir qu’à soi-même. »

Ce qu’ils ont construit n’est que le fruit d’une providence provoquée par leur valeurs, par un projet de vie bien défini, bien différent du mode de vie majoritaire, bien différent du nôtre…

On évoque leur état d’esprit, mais quel est-il ? On peut le résumer par ces quelques mots phares : simplicité, accueil, confiance, générosité, absence de quête matérialiste.

En résumé, ils sont libres

Ils ne ferment pas les portes à clé quand ils quittent leur ferme ! La maison reste ouverte à tout moment. Et oui, cela peut paraître bête, mais pour nous, c’est l’exemple le plus flagrant de leur liberté. Pas d’alarmes ni de verrous, ils ne se barricadent pas. Ils font confiance. Et surtout, ils ont peu. Ils ont peu mais ils sont ! Ils ont compris que la course à l’argent et à la consommation ne sont qu’une illusion, un jeu biaisé dans lequel seule une infime minorité est gagnante.

« Il est plus simple de s’installer dans une ferme que de s’acheter un yacht. »

Dans leur vision des choses, être libre aujourd’hui revient à adhérer au système mis en place dans notre société. C’est à dire amasser le plus d’argent possible, afin d’être libre d’acheter. Acheter une belle voiture, une belle maison, de belles vacances (le plus loin possible, évidemment), une belle maison de vacances. Ce serait donc ça la liberté ? Une liberté conditionnée par la fortune… Cette soi-disant liberté n’a aucun sens pour le couple Magniez. « Planter sa tente sur un carré d’herbe sans rien demander de plus ? On en n’a même pas le droit dans notre société », s’étonne le père de famille.

Pour eux, il est plus simple de s’installer dans une ferme que de s’acheter un yacht. A la clé, il y a du bonheur. Qui plus est un bonheur qui se partage.

Valérie et Christophe ont besoin de peu de choses matérielles, mais ont besoin des autres pour partager leur expérience, leurs connaissance, leur bonheur ! La chevrière ne retire aucun bénéfice de son activité. La famille vit en quasi-autonomie. « Nous pourrions l’être totalement sans nos trois enfants », précise même Christophe. Les besoins ont également évolué avec le temps : moins de viande, plus de rusticité… En clair, comme l’exprime si bien notre ami Baloo, il en faut peu pour être heureux !

Et, contrairement à la course effrénée à l’argent, « c’est réalisable ! », nous promet la mère de famille. « Oui, vous pouvez le faire, vous aussi », nous a-t-elle confié avant notre départ.

Nous quittons la Halte d’Autrefois, cette phrase en tête. Certes, Valérie nous a mis en garde face aux multiples autorisations et contrôles liés à l’élevage (même avec deux ou trois chèvres !), mais elle et lui nous ont prouvé que ce genre de projet était plus faisable et agréable que se morfondre pendant 40 ans derrière un bureau, à vivre séparé de la nature et de la terre nourricière. Au point de finir par oublier d’où vient le lait ou ce qu’est un petit-pois.

Et puis maintenant, Agnès sait faire du pain !

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Confection de petits-pains à côté du four à pain de la pièce commune.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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