Avant de tondre sa pelouse…

Fin juillet, nous entamons à peine l’aventure que nous commençons déjà par nous reposer ! On arrange le vélo, on regonfle les pneus et nous avec, on se lave dans la Manche, et un peu à la douche. Et on visite le jardin de Lucile, notre hôte et amie ! Enfin, il s’agit davantage de celui de sa maman, fine herboriste, passionnée de plantes sauvages et « sorcière des temps modernes » selon sa fille ! Chez eux, à Dieppe, nous profitons ainsi d’une pause de deux jours pour entrer dans l’univers mystérieux et sacré de Brigitte, celui de la reine des prés, de l’ortie, de la menthe poivrée, des tisanes et plantes médicinales.

Un constat qui ressort souvent chez notre spécialiste du monde sauvage : Frères humains, cessons d’être hors-sol et renouons le contact naturel avec la terre et le végétal. Car ce rapport, il semblerait que nous le perdions de plus en plus. Cessons de raser, couper, tailler, arracher, d’empoigner nos tondeuses à gazon. Utilisons plutôt nos cinq sens pour sentir, observer, reconnaître, cueillir…

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La parole est à Brigitte :

Brigitte, en quelques mots introductifs, présentez-nous votre jardin :

C’est un compromis entre la méthode de Christophe (mon compagnon), et la mienne. Lui, il tondrait tout, couperait tout. C’est son truc, pas le mien. Il m’a quand même concédé des zones non tondues, où tout peut pousser librement. C’est important pour moi.

Parce qu’il est préférable de tout laisser pousser librement, sans rien toucher ? 

Non, pas forcément. Il faut simplement respecter les plantes, mieux les connaître. On ne peut préserver que ce qu’on connaît et ce qu’on apprend à toucher.

Comment mieux la connaître, cette multitude de plantes ? 

En ayant un contact familier avec elles. En laissant les enfants jouer avec les plantes, la terre et les herbes sans en avoir peur. C’est notre environnement naturel, plus que le canapé ou la moquette. Il ne faut pas avoir peur d’aller dans la forêt, marcher pieds-nus dans l’herbe humide le matin…

 

« On doit pouvoir créer un lien avec la plante. Nos cinq sens le permettent. « 

 

Dans le jardin idéal, il convient donc de ne pas tondre pour profiter d’un milieu 100% naturel ?

Si, des zones coupées peuvent par exemple servir aux oiseaux, pour qu’ils puissent se poser. En fait, dans l’idéal, il faut créer des chemins et avoir plusieurs étages de végétation. Mais il n’y a pas de bons ou de mauvais jardins. Il suffit de trouver une relation avec la nature. Ce n’est pas évident ! Christophe n’a par exemple pas le même contact que moi avec la nature.

Pensez-vous que l’être-humain, de manière générale, a perdu ce contact ? 

L’humain a tendance à réduire le végétal à des moquettes de gazon. On est en train de perdre cette richesse issue de la diversité des plantes, avec laquelle on vit pourtant depuis des millions d’années. On perd ce contact, oui, et en le perdant on finit par ne plus se rendre compte qu’on en fait partie ! Nous formons un maillon dans la cohabitation sur Terre. L’être-humain fait partie du vivant, comme les plantes, qui constituent le soubassement de l’édifice. Grâce aux plantes nous avons de l’oxygène et de l’humidité dans l’air. Elles sont un peu comme des vaporisateurs d’eau. Les plantes, c’est la vie, la diversité. Un endroit plein de plantes est plus riche qu’une pelouse tondue comme une moquette : ça me semble évident.

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La Grande berce

 

Pourquoi l’humanité s’est-elle ainsi coupée de la nature ? 

Je dirais par peur du sauvage. Beaucoup d’enfants se réfugient dans le canapé, plutôt que de se rouler dans l’herbe ou construire des cabanes… Cela ne leur semble pas utile car ils n’en ont pas reçu la semence dans leur éducation. Peut-être que leurs parents non plus… Certains pensent que la nature ne sert rien ou qu’elle est sale.

 

Il ne faut pas avoir peur d’aller dans la forêt, marcher pieds-nus dans l’herbe humide le matin.

 

Comment faites-vous, vous, pour entrer en contact avec les plantes ? 

Par l’odeur, le toucher… On doit pouvoir créer un lien avec la plante. Nos cinq sens le permettent. Tenez, quand je vous vois de loin, je vous reconnais ! Avec la plante, c’est pareil.

Qu’est-ce qui vous touche en elles ? 

Leur liberté. Elles poussent librement, à cet endroit, parce qu’elles l’ont choisi. Sur notre berge, je peux observer des merveilles qui s’invitent toutes seules. C’est ça les plantes sauvages. Elles sont plus riches que n’importe quelle autre plante qu’on fait pousser nous-même dans son jardin.

Leur histoire m’intéresse aussi beaucoup. L’ethno-botanique me plaît beaucoup. Certaines plantes ont eu un rapport proche avec l’humain. Même si je ne me sers pas de toutes les plantes, j’aime bien savoir ce qu’elles représentent, ce qu’il y autour. C’est poétique. Elles sont pleines de savoirs anciens qu’on a aujourd’hui perdus. Par exemple, on dit de l’achillée millefeuille qu’elle est le sourcil de vénus et qu’elle permettait, dans l’Antiquité, de soigner la plupart des blessures de guerre.

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L’achillée millefeuille, le sourcil de Vénus susceptible de soigner les blessures de guerre.

 

Comment est née cette passion pour les plantes sauvages ? 

Je l’ai apprise avec un spécialiste. J’ai suivi un stage quand j’avais une vingtaine d’années auprès de cette personne qui faisait connaître les plantes. Cet enseignement m’a complètement emballée. Il me paraissait évident, à l’époque, qu’il y avait tout un monde à explorer. J’avais une formation en micro-technique à l’origine, avant de passer à l’herboristerie. Après, j’ai pu continuer avec les bouquins. Mais c’est vraiment de personne à personne qu’on peut transmettre ce genre de choses. Cette personne que j’ai rencontrée a été l’intermédiaire entre les plantes et moi.

L’herboristerie, peut-on encore l’apprendre et la pratiquer aujourd’hui ? 

L’étude des plantes est uniquement intégré dans la formation des pharmaciens depuis le gouvernement de Vichy. Mais bon…, faut-il encore le vouloir pour suivre cette matière ! Je ne pense pas que ce soit vraiment leur créneau.

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La sauge, plante puissante à ne pas utiliser à la légère. Avec elle, paraît-il qu’il n’y a plus besoin de médecin !

 

Et en même temps, les plantes sont à la base des médicaments…

A l’origine, oui. On a ensuite copié le fonctionnement des plantes. Comme la reine des prés pour l’aspirine ou la digitaline. Cette dernière n’existe pas de manière synthétique : on l’extrait directement de la digitale. Il ne faut d’ailleurs pas l’utiliser par soi-même car elle contient une molécule qui agit sur le cœur. Dans les plantes, il y a cette force qui, pour certaines, peut être mortelle si la bonne dose n’est pas respectée.

Pour se soigner, pourrait-on se passer de médicaments tels qu’on les connaît aujourd’hui, c’est à dire industrialisés, pour privilégier l’usage des plantes à l’état brut ? 

On est dans un monde qui n’est plus du tout comme ça. Si on arrive à l’hôpital avec une appendicite, il faudra bien passer par une opération. Pour le reste, c’est toute une démarche à apprivoiser. Personnellement, j’ai souvent recours à l’homéopathie. Ce sont des plantes préparées de manière à donner un signal au corps (homéo = de même nature).

 

 Un endroit plein de plantes est plus riche qu’une pelouse tondue comme une moquette.

 

Et qu’en est-il pour manger ? Quel rôle a la plante dans notre alimentation ? Le sauvage n’aurait-il pas perdu sa place dans notre assiette ? 

On est ce qu’on mange… Si on mange des carottes qui poussent de manière intensive sur un sol complètement appauvri, elles vont avoir une belle tronche de carotte, certes, mais il n’y aura pas les minéraux indispensables à notre corps. Nous devons avoir un rapport plus direct avec la terre. La terre, c’est quelque chose de vivant. Souvent, les engrais de l’agriculture intensive se réduisent à trois éléments : le fameux NPK, azote, phosphore et potassium. Ils ne sont que trois ! Ça a l’air magique, alors que la plante ne fonctionne pas qu’avec ce trio. En ne leur donnant que de ces substances, on obtient des plantes appauvris . Un sol, ça se régénère, c’est vivant, plein de minéraux. Tous ceux qui travaillent en bio-dynamie le comprennent : quand il y a une multiplicité de plantes, le sol est plus riche. Ce qui va pousser dessus sera également riche. Le vivant ne se résume pas à NPK.

La permaculture, qui prône notamment l’association des plantes, vous y croyez ? 

Ce n’est pas une question de croyance. Il s’agit de découvrir que certaines plantes peuvent servir aux autres, que d’autres ont des racines qui vont puiser dans le sol et le travailler. La permaculture ouvre plein d’horizons ! Je me rends compte que c’est immense.

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Le sureau, dont la fleur peut servir à confectionner du sirop et le fruit, une fois séché, peut se retrouver dans les gâteaux.

 

Au même titre que l’extinction d’espèces animales, y a-t-il extinction d’espèces végétales ? 

Bien sûr ! A cause, notamment, des herbicides. Quand je jette un coup d’œil sur les bas côtés de la route, j’en vois moins. Il y a des zones protégées, mais leur nombre reste limité. Mais je pense que la nature pourrait reprendre ses droits si on arrête d’écraser la moindre herbe sauvage. Toujours cette peur du sauvage… Les gens tondent leur pelouse automatiquement. Pourtant, une pelouse tondue, très rase, c’est triste, c’est mort ! Comme un terrain de golf… Quand je vois ça, je prends sur moi. J’ai quelque chose aussi à apprendre de la nature humaine. Il y a une dimension qui m’échappe là-dedans, mais je dois dépasser cela.

 

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