Droit de réponse d’un permaculteur médiatisé

Dans un refuge pyrénéen, perché à presque 2.000 mètres d’altitude, nous feuilletons les divers magazines mis à disposition pour le repos des marcheurs de passage. L’un d’eux attise ma curiosité. Lutopik est son nom. Alors, forcément, je ne peux qu’en ouvrir les pages pour découvrir ce que veulent partager ces journalistes utopistes du 21ème siècle ! Alléchant…

En plus, une double-page parle de permaculture ! Sous un angle un peu différent : Il s’agit d’un droit de réponse formulé par Charles Hervé-Gruyer, ancien marin,  fondateur, avec sa femme Perrine, de la ferme du Bec Hellouin. Lutopik avait dressé un portrait de leur petite exploitation devenue grande et émis quelques critiques dans un précédent numéro (ici, l’article en question). Le permaculteur normand réagit dans celui que je tiens dans les mains.

Sous le feu des projecteurs

Depuis que les légumes poussent merveilleusement bien au Bec Hellouin, les caméras ne cessent de passer le portail de la ferme du couple Hervé-Gruyer pour chercher à comprendre le miracle et le partager au grand public. Heureusement ! Car la permaculture a besoin d’être prophétisée dans le monde entier. Au-delà des journalistes, des agronomes, des restaurateurs, des maraîchers, des paysans, des visiteurs curieux investissent les lieux. Le couple de néo-paysan ne s’est pas montré retissant. Ils ont même relayé leur expérience et connaissances à travers un livre passionant, Permaculture, et un site internet. Des visites et des formations se sont peu à peu organisées.

La ferme du Bec Hellouin a pris de l’importance. Elle est même devenue une référence en matière de permaculture. Voire, la référence. Bien mal leur en a pris d’avoir ouvert trop grand leur porte ! La médiatisation n’est pas sans risques. D’autres personnalités du monde « écolo » comme Nicolas Hulot ou Pierre Rabhi peuvent en témoigner. Le moindre geste et la moindre parole sont observés, analysés, jugés. Le moindre écart, aussi petit soit-il, est pointé du doigt. Les critiques vont bon train, on répète ce qu’on a vaguement appris de la bouche d’un autre, sans vraiment avoir côtoyé la réalité. Comme le regrette si bien Charles Hervé-Gruyer : « Il y a un sport national, en France : tirer à vue sur ceux qui bougent. » (Lutopik #7 – Été 2015).

Extrait de ce droit de réponse :

« Depuis plusieurs années, notre ferme (…) est effectivement médiatisée. Excessivement peut-être ? Sachez que nous ne retirons aucune satisfaction personnelle, bien au contraire, à voir notre travail, notre lieu de vie, le lieu où nous élevons nos enfants, ainsi exposé à la vue de millions de personnes, avec le risque de susciter des jalousies, des incompréhensions. Nous ne sollicitons jamais aucun média (…). Si les journalistes viennent, et souvent reviennent, au Bec Hellouin, c’est parce que ce qui s’élabore ici vaut la peine d’être raconté : cela offre un élément de réponse à certains problèmes du monde contemporain. La micro-agriculture peut contribuer à résoudre quelques grands défis d’aujourd’hui, comme la faim dans le monde, la dérive du climat, la dépendance énergétique, la sécurité alimentaire, le chômage, la perte des terres arables, l’érosion de la biodiversité, etc.

(…)

Vous laissez entendre que, selon nous, tout un chacun peut créer une microferme. Ce modèle est en effet tellement attractif qu’un nombre croissant de personnes souhaite se lancer dans l’aventure, souvent sans rien y connaître (comme nous au début). Nous ne cessons d’insister toutefois sur la nécessité de bien se préparer. C’est pour faciliter la transition vers ce métier, ou tout simplement vers l’autonomie alimentaire, que nous écrivons, réalisons des films pédagogiques, avons créé un Fonds documentaire accessible gratuitement à tous, et proposons des formations. Nous y mettons le même effort et sérieux que dans nos jardins, conscients du fait que les personnes qui y consacrent leur temps et leur argent doivent en retour en retirer un maximum. Chacune de nos formations principales mobilise les 8 permanents de la ferme et souvent des animateurs ponctuels, décemment rémunérés. Tout cela représente un coût, certes, mais soyez assuré que nombre de personnes préfèrent investir un peu plus dans une formation de qualité dont ils retireront davantage.

En conclusion, j’espère que tous ceux qui sont sensibles à l’avenir de notre planète sauront s’unir pour avancer, riches de leurs différences. Il y a un sport national, en France : tirer à vue sur ceux qui bougent. Allons-nous reproduire sur la planète écolo la compétition féroce que nous dénonçons par ailleurs ? Les solutions, qui peut prétendre les détenir ? Il nous faut les inventer ensemble, chacun selon ses talents, dans le respect d’autrui. »

 

Pour aller plus loin, l’article intégral : http://www.lutopik.com/article/bec-hellouin-en-debat

 

 

Une réflexion sur “Droit de réponse d’un permaculteur médiatisé

  1. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte. blog très intéressant. Je reviendrai. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir

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