Aujourd’hui, on a tout.

Champagnac, lundi 21 août. Une petite dame écosse les haricots avec un ami devant sa porte d’entrée. Ils bavardent tranquillement, assis au-dessus du seau qui se remplit doucement. Son visage est souriant quand elle nous aperçoit au loin, les vélos à la main. Alors que nous nous invitons dans l’entrée de son jardin, elle ne nous déloge pas. 

Puisqu’elle est voisine du terrain de foot que nous convoitions pour notre bivouac, nous lui demandons si elle ne voit pas d’inconvénient à ce que nous nous y installions. Au moins pour prévenir de notre présence.

Elle nous accompagne au terrain et embarque avec elle un sac de légumes à la main. « Pour votre repas de ce soir », nous propose-t-elle. Un peu gênés par ce don étonnant, nous finissons par accepter après l’incitation de notre bienfaitrice, Jeannine de son prénom.

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Nous bavardons un peu après lui avoir expliqué les raisons de notre voyage. Ça tombe bien, Jeannine connaît bien la vie paysanne. « Avant c’était dur, nous raconte-t-elle. Y’avait pas de chauffage, pas d’électricité partout. La vie était rustique. Surtout la vie paysanne… Aujourd’hui, on a tout ! Faudrait que les jeunes vivent ce qu’on a vécu, ils comprendraient alors qu’ils ont largement tout ce dont ils ont besoin. A manger quand on a faim, à boire quand on a soif… »

L’ancienne a parlé. Quand elle évoque les « jeunes », Jeannine semble englober les plus jeunes qu’elle, c’est-à-dire un grand nombre de gens ! C’est vrai que nous avons tout, voire plus que tout. Nos modes de vie occidentaux ne baignent-ils pas dans l’opulence ? Il faudrait voyager loin, dans des pays différents, affichant moins de richesses, pour en prendre conscience. « Les jeunes arrivent encore à dire qu’il n’y a pas assez d’argent », déplore Jeannine. Il semblerait en effet qu’il en faut toujours plus quand le voisin a davantage. Toutefois, ce que les « jeunes » ont moins, ce sont des savoirs-faire ancestraux, des connaissances sur le monde animal et végétal, des petites combines qui se transmettaient autrefois dans les fermes pour faire les choses soi-même. En clair, on a perdu en habileté et en ingéniosité au contact du progrès technique. La petite paysanne est bien placée pour le confirmer : « On se levait tôt pour traire les vaches à la main, on se penchait pour planter et ramasser les légumes. C’était dur, mais on pouvait ensuite manger ce qu’on cultivait. » De ce travail ils retiraient non pas un salaire mais leur nourriture, ce qui lui donne tout son sens. A quoi bon troquer sa production contre de l’argent si celle-ci peut directement aller dans l’assiette ? D’autant que l’argent n’est pas comestible…

De nos jours, pour manger, on se lève, on va au supermarché —le plus souvent en voiture— et on a tout à disposition. Sous plastique, d’origine lointaine, de composition étrange, à l’éthique douteuse. Ce type de consommation commence à changer, tant mieux. La conscience prend le pas sur le côté pratique des hypermarchés. Les magasins bio et les marchés locaux sont de plus en plus privilégiés au nom d’une consommation saine et éthique, au regret des grandes surfaces qui se mettent à remplir ses rayons de produits bio. Mais toujours sous plastique et d’origine lointaine.

De nos jours, on travaille pour gagner sa vie. Autrement dit troquer sa vie contre de l’argent. Qui nous permet de vivre dans l’opulence… en oubliant que de l’eau qui coule d’un robinet, qu’un toit qui nous abrite, qu’une ampoule qui brille, c’est de l’opulence. Mais la magie (noire) de l’argent fait qu’il n’y en a jamais assez. Aujourd’hui on a tout, mais ce n’est jamais suffisant.

Ne faudrait-il pas alors remplir nos cœurs qui se vident au fur et à mesure que nos maisons se remplissent ?

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